Le mur solaire de Trump : Bullsh*t ?

Pendant la campagne présidentielle américaine, Donald Trump s'est engagé à construire un mur le long de la frontière entre les États-Unis et le Mexique. Depuis quelques semaines, il laisse flotter l'idée que ce mur pourrait être couvert de panneaux solaires. Mercredi 21 juin, pour la première fois, il a défendu ce coup de génie dans une réunion publique en Iowa : ce mur solaire, a-t-il dit, pourra "s'autofinancer" et "plus il sera haut, plus il aura de la valeur".

A priori, l'idée prête à sourire : au moment où les États-Unis se préparent à sortir de l'Accord de Paris sur le climat et à relever les droits de douanes sur les panneaux solaires, quelle crédibilité pourrait-on accorder à cette soudaine passion pour les énergies renouvelables ?
Mais passons outre et essayons de regarder la question objectivement : d'un point de vue technique et économique, l'idée du "mur solaire" tient-elle la route ?
Mur solaire à la frontière Etats-Unis/Mexique

La question de l'angle et de la disposition des panneaux


Une première remarque vient spontanément à l'esprit : un mur est, en général, vertical, ce qui, sauf aux pôles, n'est pas la meilleure inclinaison pour un panneau solaire.

La frontière entre le Mexique et les États-Unis s'étend entre Brownsville, Texas situé à 25,5° Nord et San Diego, Californie à 32,3° Nord, c'est-à-dire à peu près sur les même latitudes que le Maroc.
C'est un bon endroit pour produire de l'électricité photovoltaïque mais la proximité de l'équateur signifie que les panneaux solaire devraient avoir une faible inclinaison : à Brownsville, l'angle permettant d'optimiser la production annuelle est d'environ 22° et à San Diego il est de 32°... On serait donc plus proche d'une rampe d'accès pour fauteuil roulant que d'un mur.
Précisons évidemment que, comme nous sommes dans l'hémisphère nord, les panneaux solaires doivent être placés vers le sud, donc coté mexicain.

Alors comment ces panneaux solaires pourraient-ils être disposés sur le mur ? Je vois a priori 3 solutions :
  1. Les installer sur le mur mais avec un angle de 70° au moins, très éloigné de l'inclinaison optimale,
  2. Les installer au sommet du mur avec une inclinaison optimale mais une surface disponible réduite,
  3. Combiner les deux.
Sur un schéma, ça donnerait ça :
Mexico - USA border solar wall

 Quelle production d'électricité solaire ?


Le cahier des charges publié par l'administration américaine précise que le mur devra être haut d'approximativement 30 pieds, soit 9.1 mètres. On peut donc facilement calculer que, pour la première solution, on aura au maximum 9.7m² de panneaux solaires par mètre de mur.
Pour la deuxième solution supposons que le mur est surmonté de d'une structure de 2 mètres, on aura donc 2m² de panneaux solaires par mètre de mur avec la possibilité de leur donner l'inclinaison optimale.
Et pour la troisième solution, on aura la somme des deux précédentes : 2m² de panneaux solaires bien inclinés et 9.7m² de panneaux solaires mal inclinés par mètre de mur (on néglige le fait que les panneaux du haut vont faire de l'ombre à ceux d'en dessous).

La frontière entre les États-Unis et le Mexique fait 3141km, si notre mur la couvre totalement, nous aurons donc :
  • Pour la solution 1 : 27.6km² de panneaux solaires soit environ 4.3 milliards de watt-crêtes (en comptant 150Wc par mètre carré de panneaux)
  • Pour la solution 2 : 6.3km² de panneaux solaires, soit environ 940MWc
  • Pour la solution 3 : 4300MWc de panneaux mal orientés et 940MWc de panneaux bien orientés
Quelle serait la production de cette installation ? Pour l'évaluer, j'ai calculé la production d'énergie annuelle par watt-crête sur 15 points de la frontière entre le Mexique et les États-Unis :


En moyenne on obtient donc une production de 2.1kWh par an pour chaque watt-crête de panneaux solaires bien orienté et de 1.7kWh par an pour les panneaux solaires orientés à 70°. Ces chiffres prennent des hypothèses très optimistes : toutes les pertes sont négligées et on suppose que les panneaux ont toujours une orientation nord-sud optimale.

La production annuelle d'électricité photovoltaïque est donc de :
  • 7.1TWh par an pour la solution 1
  • 1.9TWh par an pour la solution 2
  • 9.1TWh par an pour la solution 3
Pour comparaison, un réacteur nucléaire de type EPR produit environ 11TWh par an. Dans tous les cas, le mur solaire de Trump fournirait donc moins d'électricité qu'un seul réacteur nucléaire.


Rationalité économique du "mur solaire"


Actuellement aux États-Unis, le prix de gros des panneaux solaires est d'environ 0.4$/Wc. Nous allons retenir ce chiffre même si l'administration américaine se prépare à protéger les fabricants américains avec des droits de douanes qui pourraient le faire doubler. Les panneaux solaires nécessaires pour équiper l'ensemble du mur coûteraient donc entre 380 millions et 1.7 milliards de dollars.
Il faut bien entendu ajouter le prix de l'installation, des supports, de l'électronique et du raccordement : en général le coût total d'une installation solaire est à peu près 3 fois celui des panneaux solaires. Dans notre cas, compte-tenu de la complexité du projet et des contraintes particulières, ce serait probablement plus. La question du raccordement, par exemple, devrait poser problème : la frontière s'étend sur des milliers de kilomètres souvent dans des zones désertique, il faudrait donc construire de nouvelles lignes électriques pour écouler une production finalement modeste. La maintenance serait aussi problématique : comment nettoyer et entretenir régulièrement des panneaux solaires perchés à 10 mètres de haut au milieu d'un désert ? comment éviter et réparer les dégradations de panneaux situés coté mexicain ?
Même s'il est difficile à évaluer précisément, on peut estimer que le coût global de l'installation et de son entretien serait probablement de l'ordre de 2 milliards pour la solution 2 et de la dizaine de milliards pour les solutions 1 et 3, ce qui est dans tous les cas significatif par rapport au prix du mur lui même, estimé à environ 21 milliards de dollars.

L'électricité produite serait écoulée sur trois réseaux électriques : celui du Texas, du sud-ouest et de la Californie. La moyenne pondérée sur les hubs les plus proches de la frontière donne un prix de gros de l'électricité de 28.73$/MWh. Par conséquent, l'installation de panneaux solaires sur le mur rapporterait 200, 57 ou 260 millions de dollars par an pour les solutions 1, 2 et 3 respectivement.

Avec une durée de vie des panneaux solaires de 20 ans, il y a peu de chance que l'opération soit rentable. Une chose est sure : l'installation de panneaux solaires sur le mur ne peut en aucun cas rentabiliser sa construction, ni même en payer une part significative. Si ce "mur solaire" se fait, ce que, à mon avis, personne n'envisage sérieusement, il ne s'agira que d'un éléphant blanc, un gadget couteux destiné à susciter l'incrédulité des prochaines générations.
Il est intéressant de noter que la construction d'une dizaine de grandes centrales solaires dans les régions semi-arides qui bordent la frontière entre les États-Unis et le Mexique permettrait d'obtenir la même production pour un investissement moins important. Mais de ça il n'est pas question : même repeint en vert, le populisme reste du populisme...

(A l'exception des données économiques, tous les chiffres cités dans cet article ont été calculés à l'aide de l'outil européen d'évaluation des ressources solaires PVGIS)

Publié le 23 juin 2017 par Thibault Laconde

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Observatoire de la fracturation hydraulique - juin 2017

Chaque mois, retrouvez l'Observatoire de la fracturation hydraulique : les statistiques essentielles pour comprendre l'évolution des hydrocarbures non-conventionnels et les principaux événements qui ont touché la production de gaz et pétrole de schiste.

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Observatoire de la fracturation hydraulique et des hydrocarbures non-conventionnels



Dans l'actualité ce mois-ci :
  • Focus : le gaz de schiste a-t-il encore un avenir en Grande Bretagne après la défaite des conservateurs ?
  • La production américaine de pétrole et de gaz non-conventionnels atteint un niveau record mais la situation reste fragile.
  • L'Office of Fossil Energy, qui a joué un rôle important dans l'émergence des hydrocarbures non-conventionnels aux Etats-Unis, devrait voir son budget réduit de 58% l'année prochaine.
  • En Colombie Britannique, les résultats des élections provinciale du 9 mai pourraient contrarier les projets de Shell.

Publié le  14 juin 2017 par Thibault Laconde


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Ce qu'il faut savoir sur le retrait américain de l'Accord de Paris

Après des mois de flottement, Donald Trump a finalement annoncé le 1er juin que les États-Unis allait sortir de l'Accord de Paris. Son pays, a-t-il précisé, va cesser dès aujourd'hui d'honorer ses engagements notamment son INDC et sa contribution au Fonds Vert pour le Climat, en attendant éventuellement une renégociation ou un autre accord.
Voici quelques éléments pour mieux comprendre sa position et ses conséquences.

1. Concrètement comment les États-Unis vont-il sortir de l'Accord de Paris ?

En l'absence de précision, on peut supposer que les États-Unis vont suivre la procédure normale, prévue par l'art. 28 de l'Accord de Paris. Si c'est le cas, cela signifie qu'ils n'en sortiront réellement que dans 41 mois (au moins).

Trump annonce le retrait des Etats-Unis de l'Accord de Paris sur le climatPendant ses 30 minutes de discours, Donald Trump n'a pas dit comment il comptait faire sortir son pays de l'Accord de Paris. Il ne s'agissait donc que d'un acte politique, juridiquement les États-Unis sont encore parties à l'Accord de Paris et le resteront probablement pour de longues années.
En effet, l'Accord ne peut être dénoncé que 3 ans après son entrée en vigueur (c'est-à-dire au plus tôt le 4 novembre 2019) et avec un préavis d'un an, par conséquent les États-Unis ne pourront en sortir en toute légalité qu'en novembre 2020.
Il existe d'autres voies qui permettraient une sortie plus rapide (je les ai expliqué ici), mais elles sont risquées sur le plan juridique et politique.



2. Quels sont les arguments de Donald Trump ?

Donald Trump s'est distingué dans le passé par ses prises de positions climatosceptiques mais il n'en n'a pas été question. L'administration Trump a manifestement voulu présenter sa décision comme avant tout économique.
Comme à son habitude, le discours de Trump a été confus mais on peut y distinguer trois grands arguments :
  1. L'Accord de Paris est mauvais pour l'économie et l'emploi américain,
  2. L'Accord de Paris n'est ni efficace ni équitable parce qu'il n'impose pas assez d'efforts aux autres grands pollueurs,
  3. Les États-Unis ont fait baisser leurs émissions avant l'Accord de Paris, ils peuvent proposer un modèle alternatif basé notamment sur le charbon propre et le gaz de schiste.

3. Quelle est la stratégie de Trump ?

On voit que l'administration Trump ne semble toujours pas avoir résolu les problèmes juridiques posés par la sortie de l'Accord de Paris. C'est probablement cette complexité qui explique que l'administration Trump ait hésité si longtemps.
Cependant le suspens était limité : depuis son arrivée au pouvoir, Donald Trump a multiplié les efforts pour démanteler la politique climatique des États-Unis. Le pays était, de facto, sorti de l'Accord de Paris dans le sens où il ne peut plus atteindre les objectifs qu'il s'était donné avant la COP21.

Ce que l'on attendait surtout de ce discours c'était un aperçu de la stratégie de Donald Trump vis-à-vis des négociations internationales sur le climat : allait-il simplement claquer la porte au risque de perdre toute influence ? Allait-il tenter de les bloquer de l'intérieur ? Lancer un ultimatum pour obtenir une renégociation ?
Finalement, il semble ne pas avoir vraiment choisi en annonçant un retrait immédiat puis une hypothétique renégociation. Une chose est claire cependant : il a tenté d'ébaucher dans son discours une alternative à l'Accord de Paris en mettant en avant la baisse des émissions aux États-Unis.


4. Que peut faire la communauté internationale ?

Mais cette alternative que tente de proposer l'administration Trump ne tient pas debout. Elle est presque risible : la baisse des émissions qu'il met en avant a été obtenue grâce aux politiques de l'ère Obama qu'il a démantelé en arrivant au pouvoir et au développement des hydrocarbures non-conventionnels, qui est la vraie cause du recul du charbon américain. Et pour ce qui est du "charbon propre", Donald Trump semble avoir oublié que son projet de budget pour 2018 réduit de 75% la recherche dans ce domaine.
Il en est de même pour l'offre d'un retour dans l'Accord après renégociation : l'Accord de Paris est un équilibre délicat, obtenu entre 195 pays après presque 20 ans de négociation.

En réalité, Donald Trump n'a rien à proposer. La seule réponse possible de la part de la communauté internationale, c'est une fin de non recevoir, polie mais ferme.
L'objectif désormais doit être d'organiser l'endiguement des États-Unis afin d'éviter une contagion et de les empêcher de bloquer les négociations climatiques. Il faudra aussi réfléchir à la réponse à apporter : on ne peut pas écarter des sanctions commerciales ou une taxe carbone aux frontières américaines.

A moyen terme, l'enjeu est de parvenir à remettre en marche les négociations internationale sur le climat afin de rendre l'Accord de Paris opérationnel en 2018, comme prévu lors de la COP22.
La question des financements va probablement être centrale : lors de la COP21, l'aide promise par les pays développés aux pays en développement avait permis d'obtenir de leur part des engagements de réduction des émissions. Pour compenser le départ des États-Unis, il faudra trouver plusieurs milliards de dollars par an, ce qui là encore plaide pour une taxe carbone sur les produits américains redirigée vers le Fonds Vert.

5. Est-ce le début de la fin de l'Accord de Paris ?

Aujourd'hui seuls deux pays n'ont pas signé l'Accord de Paris : le Nicaragua (officiellement parce qu'il trouve l'Accord trop peu ambitieux) et la Syrie. Il est possible que le départ des États-Unis entraine celui de quelques États clients et/ou parias (les Philippines ? la Grande Bretagne ?) mais il est peu probable qu'il fasse boule de neige.
La Russie, qui a signé l'Accord mais ne l'a pas encore ratifié, est dans une position attentiste. Mais le précédent du Protocole de Kyoto, où il avait utilisé le désengagement des États-Unis pour renforcer sa position de négociation avant de ratifier, laisse penser que Vladimir Poutine restera dans le jeu.
De leur côté, l'Inde, la Chine et, évidemment, l'Union Européenne ont clairement réaffirmé leur attachement à l'Accord. Et c'est ce qui compte !

Il faut bien comprendre que la lutte contre le changement climatique connait actuellement deux transitions. D'une part, elle passe d'une question essentiellement européenne et américaine à un problème avant tout chinois et indien : en 2030, ces deux pays devraient émettre presque 10 fois plus de gaz à effet de serre que l'Union Européenne !
http://energie-developpement.blogspot.fr/2015/10/COP21-INDC-emission-CO2.html
Deuxième transition : nous passons d'une époque où les États étaient moteurs à une période où les principaux acteurs de la lutte contre le changement climatique deviennent les entreprises et les collectivités. Or, à quelques exceptions près, les grands États fédérés et le milieu des affaires américain soutiennent la lutte contre le changement climatique. Pour ne citer qu'un seul exemple : hier, l'Assemblée Générale d'Exxon, le plus grand pétrolier privé de la planète, a voté pour la création d'un rapport sur les impacts du changement climatique malgré l'opposition de la direction. Ce signal est probablement plus important que les gesticulation du président américain.

Non seulement ces deux dynamiques limitent beaucoup les dommages que pourraient causer le départ des États-Unis mais, en plus, ce désengagement pourrait accélérer le processus.

6. Peut-on comparer le retrait du Protocole de Kyoto avec la sortie de l'Accord de Paris ?

La comparaison vient spontanément à l'esprit : le 29 mars 2001, George Bush, président républicain nouvellement élu, annonçait que les États-Unis se désengageaient du Protocole de Kyoto signé quatre ans plus tôt par son prédécesseur démocrate.
Le parallèle est éclairant sur certains aspects mais il ne faut pas oublier que la situation était très différente : le Protocole de Kyoto n'avait pas été ratifié par les États-Unis et il ne pouvait pas l'être puisque, avant même son adoption, le Sénat américain avait adopté à l'unanimité une résolution le rejetant. L'Accord de Paris, lui, a été ratifié, or c'est cette étape qui engage définitivement un État.

7. Plus largement, quelles seront les conséquences de ce retrait ?

Et c'est probablement là la vraie question : la signature des États-Unis vaut-elle encore quelque chose sous l'administration Trump ? La question va bien au-delà du climat, elle touche à un principe de base du droit international : le respect des traités.
Ce n'est pas anodin que Trump ait évoqué plusieurs fois l'OTAN : sur ce sujet comme sur d'autres, on voit bien que Trump ne se sent guère engagé par les accords conclus avant lui. La dénonciation de l'Accord de Paris ne fait que confirmer cette orientation et pourrait avoir de lourdes conséquences sur la politique étrangère des États-Unis et, plus globalement, le fonctionnement des relations internationales.


Publié le 1er juin 2017 par Thibault Laconde



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Observatoire de la fracturation hydraulique - mai 2017

Chaque mois, retrouvez l'observatoire de la fracturation hydraulique : les statistiques essentielles pour comprendre l'évolution des hydrocarbures non-conventionnels et les principaux événements qui ont touché la production de gaz et pétrole de schiste.

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Observatoire de la fracturation hydraulique et des hydrocarbures non-conventionnels

 


Dans l'actualité ce mois-ci :
  • Focus : une expérience japonaise pourrait ouvrir la voie à l'exploitation des hydrates de méthane.
  • L'OPEP va-t-elle renouveler ses quotas de production ? Pour l'instant, ils ont fait le jeu des producteurs alternatifs notamment américains...
  • Donald Trump échoue à faire révoquer la "BLM rule", réglementation des émissions de méthane mise en place par Barack Obama.

Publié le  17 mai 2017 par Thibault Laconde


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50% de nucléaire en 2025 ? Un peu de mathématiques et un plaidoyer pour la révision de cet objectif

Comme Benoit Hamon, et implicitement Jean-Luc Mélenchon, Emmanuel Macron s'est engagé pendant sa campagne présidentielle à faire baisser la part du nucléaire dans le mix électrique français de 70% environ aujourd'hui à 50% en 2025. Ce chiffre est en fait la reprise d'un objectif figurant à l'article 1 de la loi sur la transition énergétique de 2015.
Le 9 mai, lors de la présentation des résultats trimestriels, le directeur financier d'EDF a affirmé qu'Emmanuel Macron comptait repousser la mise en œuvre de cet objectif.

Si c'est confirmé, l'histoire retiendra peut-être dans cet épisode le premier renoncement du président Macron. Qu'il porte sur l'énergie, secteur qui a besoin d'orientations stables et de paroles crédibles, n'a rien de rassurant.
Ce n'est cependant pas une surprise : l'objectif de 50% de nucléaire en 2025 est difficilement tenable et mériterait d'être repensé. Voici pourquoi.

(Si les détails vous ennuient, n'hésitez pas à passer directement au dernier paragraphe en cliquant ici)


Pourquoi baisser la consommation/les exportations n'est pas une solution


Baisser la part du nucléaire à 50% est un objectif très ambitieux et s'il était réellement mis en œuvre, le mix électrique français serait difficile à boucler dans les années qui viennent. En s'appuyant sur les autres objectifs chiffrés contenus dans le programme d'En Marche !, on s'aperçoit rapidement que si les 50% de nucléaire étaient réellement visés, au moins 30TWh - soit la consommation électrique de la région Normandie - manqueraient dès la fin du prochain quinquennat.
Ce calcul m'a souvent attiré une réponse du type : "C'est pas grave, il suffit de baisser notre consommation/nos exportations de 30TWh". Outre qu'on ne raye pas d'un trait de plume une telle consommation, cette méthode ne marche tout simplement pas.

Pourquoi ? Parce que l'objectif de réduction du nucléaire n'est pas absolu mais relatif à la production d'électricité. Si la consommation ou les exportations sont réduites de 30TWh, la production totale recule d'autant et, par conséquent, la production nucléaire autorisée pour respecter les 50% baisse elle aussi (de 15TWh). Réduire la production permet certes de se rapprocher de l'objectif mais ne peut pas suffire à l'atteindre sauf si la production d'électricité hors-nucléaire augmente dans le même temps.


Prenons le problème dans l'autre sens


Énonçons une évidence mathématique : viser 50% d'électricité nucléaire, c'est fixer simultanément un objectif de production nucléaire et un objectif de production non-nucléaire ou, ce qui revient au même, un couple (variation de la production totale, variation de la production non-nucléaire) sur la période 2016-2025.
Et si on prenait le problème dans l'autre sens ? Au lieu de se donner des objectifs pour les renouvelables puis de prendre des hypothèses, toujours contestables, sur la production totale et enfin de vérifier que l'objectif de 50% est atteint, on peut essayer de trouver tous les couples  (Δ production totale, Δ production non-nucléaire) qui permettent de remplir cet objectif.

Je vous épargne le calcul, on arrive au résultat suivant :
Comment arriver à 50% de nucléaire en France en 2025

La ligne bleue pleine représente toutes les solutions au problème. Mathématiquement, il n'est pas possible d'arriver à 50% de nucléaire en France en 2025 autrement qu'en choisissant un couple (variation de la production totale, variation de la production non-nucléaire) situé sur cette droite.
La ligne hachurée représente les étapes intermédiaires possibles en 2022 en supposant que l’évolution de la production totale et de la production non-nucléaire soient régulières pendant la période 2017-2025.


Mise en pratique : le programme d'Emmanuel Macron


Tout ça est un peu abstrait. Voyons donc comment utiliser le graphique précédent sur un cas pratique.
Dans son programme Emmanuel Macron promet la baisse du nucléaire à 50% en 2025 et le doublement d'ici à 2022 du parc solaire et éolien français. Comme j'ai déjà eu l'occasion de l'expliquer, ce second engagement signifie une production renouvelable supplémentaire d'environ 32TWh. Reportons donc une hausse de 32TWh de la production non-nucléaire sur le graphique :
Programme Macron : Quelle baisse de la production électrique est nécessaire pour arriver à 50% de nucléaire

On voit que, si la production non-nucléaire augmente de 32TWh, atteindre l'objectif de 50% nucléaire implique de réduire la production totale d'environ 175TWh, soit un tiers de la consommation française actuelle.
Si cet objectif devait vraiment être poursuivi et si la baisse de la production est régulière, celle-ci devrait déjà avoir reculé d'un peu moins de 100TWh en 2022.


Plaidoyer pour une reformulation de l'objectif de baisse du nucléaire


Ce que montre cette approche, c'est qu'atteindre 50% de nucléaire dans le mix électrique français nécessite une augmentation massive de la production non-nucléaire et/ou une baisse de massive de la production. On parle ici de dizaines voire de centaines de térawattheures en moins d'une décennie...
Pour comparaison, depuis 17 ans qu'elle a lancé sa "sortie du nucléaire", l'Allemagne a baissé sa production nucléaire de 80TWh et augmenté sa production totale de 70TWh.

Si la marche est aussi haute, c'est avant tout parce que l'indicateur retenu pour la diversification du mix électrique français a été extrêmement mal choisi : fixer un objectif de production nucléaire relatif à la production totale, elle-même très majoritairement nucléaire, est stupide.
J'ai du mal à croire que je ne m'en sois pas aperçu avant. Et encore plus de mal à imaginer qu'une telle chose ait pu figurer dans un projet de loi et être voté.

En tout état de cause, cet objectif est peu crédible or une politique énergétique a besoin de crédibilité pour attirer les investissements privés indispensables à sa mise en œuvre. Si le nouveau président de la République veut tracer un chemin réaliste pour la diversification du mix électrique français, il doit clarifier sa position.
Si par hasard, lui ou (plus vraisemblablement) son équipe me lisent,  je leur recommande de convertir les 50% de nucléaire en un objectif de production absolu : puisque la France a produit 530TWh d'électricité en 2016, pourquoi ne pas se donner comme but de parvenir à 265TWh de nucléaire en 2025 ?
Cela représenterait une baisse de la production nucléaire de 100TWh par rapport à 2016, un objectif facile à retenir et encore très ambitieux mais sans avoir la quasi-impossibilité mathématique des 50%.


Publié le 6 mars 2016 par Thibault Laconde, dernière mise à jour le 9 mai 2017 


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Emmanuel Macron vs. Marine Le Pen : le match des programmes sur l'énergie et le climat

La France doit choisir entre Emmanuel Macron et Marine Le Pen, une alternative inédite et vertigineuse. Dans leurs valeurs comme dans leurs parcours, ces deux candidats sont presque l'exact opposé l'un de l'autre et il est probable que la plupart des électeurs se décideront sur cette opposition plutôt que sur le fond des programmes.
Cette réalité ne devrait pas empêcher les candidats de continuer à expliquer et approfondir leurs projets. C'est particulièrement nécessaire pour l'énergie et le climat : dans ces domaines, le vainqueurs aura à prendre des décisions difficiles, il lui faudra donc une vision et un mandat clairs.
Les programmes d'Emmanuel Macron et de Marine Le Pen présentent de nettes divergences sur le nucléaire, le climat, la fiscalité... mais, à deux semaines du second tour, aucun des deux n'est suffisamment précis pour être vraiment crédible. Espérons donc que ces projets seront discutés et affinés dans les 15 prochains jours.

En attendant voici un état des lieux :
Comparaison des programmes énergie et climat de Macron et Le Pen


Nucléaire

Avenir du parc nucléaire

  • Emmanuel Macron se prononce en faveur d'un rééquilibrage du mix électrique français. Il veut réduire la part du nucléaire dans la production à 50% d'ici à 2025 mais, à l'heure actuelle, il ne propose pas de solution crédible pour y parvenir
  • Marine Le Pen veut prolonger de "20 ans, peut-être 30" les centrales nucléaires françaises même si en 2012 elle jugeait le nucléaire dangereux. Cette orientation nécessite de lourds investissement dans le "grand carénage" destiné à rénover les vieux réacteurs français et permettrait à Marine Le Pen de laisser à ses successeurs la question de la fin de vie du parc nucléaire français.

 Fessenheim et la fermeture des centrales nucléaires

  • Emmanuel Macron s'est engagé à arrêter la centrale de Fessenheim mais il ne se prononce pas sur la fermeture des autres centrales nucléaires. Il veut attendre l'avis de l'Agence de Sureté Nucléaire pour décider de la prolongation ou non des réacteurs au-delà de leur quarantième anniversaire.
  • Marine Le Pen est contre la fermeture de la centrale de Fessenheim.

Déchets nucléaires

  • Emmanuel Macron ne s'est pas prononcé sur la gestion des déchets radioactifs mais a soutenu le projet de Bure lorsqu'il était ministre de l'économie.
  • Marine Le Pen veut mettre fin au projet de stockage géologique des déchets radioactifs à Bure et affirme que "chaque région doit prendre sa part" des déchets nucléaires.

Énergie renouvelables  

Objectif

  • Emmanuel Macron veut doubler la capacité des parcs solaires et éoliens français en 5 ans. Cet objectif correspond à une augmentation de la production renouvelable de 32TWh, inférieure à ce qui est prévu par la programmation pluriannuelle de l'énergie (au moins 70TWh en 2023). Il a confirmé un autre objectif de la loi sur la transition énergétique : produire 32% de l'énergie française grâce aux renouvelables en 2030.
  • Marine Le Pen veut "développer massivement les filières françaises des énergies renouvelables". Mais elle ne donne pas d'objectif chiffré et dans le même temps elle veut l’arrêt immédiat de la construction d'éoliennes terrestres ou maritimes, alors qu'il s'agit d'une des filières renouvelable les moins chères et les plus matures.

Recherche

  • Emmanuel Macron veut "focaliser les efforts de recherche, de développement et d’investissement des opérateurs sur le stockage de l’énergie et les réseaux électriques intelligents"
  • Marine Le Pen veut développer la filière hydrogène. La production d'hydrogène à partir d'électricité est une des solutions envisagées pour stocker l'énergie.

Fossiles

Centrales à charbon

  • Emmanuel Macron veut fermer les dernières centrales à charbon françaises avant 2022.
  • Contrairement Emmanuel Macron mais aussi à François Fillon, Benoit Hamon et Jean-Luc Mélenchon, Marine Le Pen ne s'est pas prononcé pas pour la fermeture des dernières centrales à charbon françaises

 Hydrocarbures

  • Emmanuel Macron est opposé à l'exploitation du gaz de schiste mais souhaite que des forages de recherche restent possibles. Il s'oppose à la délivrance de nouveaux permis d'exploitation pour les hydrocarbures.
  • Marine Le Pen veut maintenir l'interdiction d'exploiter les hydrocarbures non-conventionnels "tant que des conditions satisfaisantes en matière d’environnement, de sécurité et de santé ne seront pas réunies".

Sobriété et efficacité

Bâtiment

  • Emmanuel Macron veut investir 4 milliards d'euros dans la rénovation des bâtiments publics. Il veut rénover 1 million de logements, notamment en proposant des audits énergétiques gratuits pour les foyers en situation de précarité énergétique et en réformant le système de crédit d'impôt pour le rendre plus incitatif. 
  • Marine Le Pen veut "faire de l’isolation de l’habitat une priorité budgétaire du quinquennat" sans préciser d'objectif ou de montant. 

Transports

  • En complément du bonus-malus existant, Emmanuel Macron veut créer une aide pour le remplacement des voitures construites avant 2001. Il veut aussi accélérer le déploiement des bornes de recharge pour les véhicules électriques. Une version précédente de son programme se donnait pour objectif de ne plus commercialiser de véhicule thermique à partir de 2040.
  • Marine Le Pen ne se donne aucun objectif concernant les transports et la mobilité. Elle veut réduire la dépendance au pétrole par le développement de la filière hydrogène.

Changement climatique

Importance du climat

  • Le programme d'Emmanuel Macron indique que 2016 a été l'année la plus chaude jamais enregistrée et qu'il y aura 250 millions de réfugiés climatiques en 2050.
  • Le climat ne figure nulle part dans le programme de Marine Le Pen

Accord de Paris

  • Pour Emmanuel Macron, la mise en œuvre de l'Accord de Paris doit être une des priorités de l'action internationale française. Une version antérieure de son programme appelait à des sanctions commerciales au niveau européen contre les pays qui ne respecteraient pas l'Accord de Paris, cette proposition a été remplacée par une formulation plus vague.
  • Marine Le Pen s'est abstenu lors du vote du Parlement Européen sur la ratification de l'Accord de Paris et le groupe parlementaire dont elle est co-présidente a voté contre. 

Fiscalité et prix de l'énergie

Taxation du diesel

  • Emmanuel Macron veut aussi aligner la fiscalité du diesel sur celle de l'essence.
  • Marine Le Pen s'est prononcée contre cette mesure.

Taxe carbone

  • Emmanuel Macron a confirmé l'objectif prévu par la loi sur la transition énergétique d'une taxe carbone de 100€ par tonne en 2030 mais n'envisage pas de prix plancher pour les entreprises assujetties au marché européen du carbone.
  • En 2013, le Front National se prononçait contre la taxe carbone ("une inacceptable mesure fiscale déguisée en vert"), depuis plus de son ni d'image.

Prix de l'énergie

  • Emmanuel Macron ne se prononce pas sur le prix de l'énergie mais ses propositions, notamment sur le diesel et la taxe carbone, feront probablement augmenter les factures. En contrepartie, il propose un accompagnement des foyers en situation de précarité énergétique, par exemple avec des audits gratuits.
  • Marine Le Pen promet une baisse de 5% des tarifs réglementés de l'électricité et du gaz mais cette promesse est probablement incompatible avec les investissement qu'elle prévoit dans la rénovation des centrales nucléaires. Elle s'est d'ailleurs prononcée pour une augmentation de l'ARENH, c'est-à-dire le prix auquel EDF vend l'électricité nucléaire à ses concurrents, ce qui est évidemment en contradiction avec une baisse du prix au consommateur.


Mon avis ? 


Dans les domaines de l'énergie et du climat, les programmes d'Emmanuel Macron et de Marine Le Pen proposent des orientations divergentes et donc un réel choix pour les électeurs.
Je crois que c'est une bonne chose : la politique énergétique française est depuis longtemps paralysée par l'incapacité des responsables à définir et faire respecter une orientation claire. De ce point de vue, j'aurais préféré que cette alternative soit portée par deux candidats "ordinaires" ce qui aurait donné plus de force au résultat des urnes.

Sur le fond, si je devais donc me prononcer en laissant de coté mes propres préférences et en ne m'intéressant qu'au sérieux des deux propositions, voici ce que je dirais :
  • Comme je l'ai déjà relevé en introduction, il reste trop d'imprécision voire de contradiction. Cette situation rend difficile une évaluation sérieuse des projets, par exemple en termes de faisabilité technique ou de budget. A l'heure actuelle aucun des deux programmes ne peut être considéré comme satisfaisant. Même si celui d'Emmanuel Macron est légèrement plus complet il me semble indispensable que les équipes des deux candidats s'attellent à ces sujets avec plus de sérieux.
  • Cependant, il n'est pas possible de mettre les deux programmes sur le même plan. On voit chez Marine Le Pen une nette tendance au négationnisme climatique alors que ses déclaration - et ses revirements - sur le prix de l'énergie, les éoliennes ou le stockage des déchets radioactifs révèlent une dérive clientéliste. En matière d'énergie, le Front National ne semble pas avoir de vision mais essayer de satisfaire ses interlocuteurs quitte à se contredire régulièrement. Dans la situation où nous nous trouvons actuellement, c'est la recette du désastre.



Publié le 24 avril 2017 par Thibault Laconde



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Energie et climat : le bulletin de notes de Jean-Luc Mélenchon

Energie et climat : le bulletin de note de Jean-Luc Mélenchon

Ce bulletin évalue le sérieux des objectifs proposés (exhaustivité, cohérence, faisabilité technique...) et leur crédibilité au regard des moyens envisagés pour les atteindre. Les notes ne reflètent donc pas une opinion politique : deux proposition contraires peuvent obtenir une bonne note si elles sont réalistes, suffisamment détaillées et cohérentes avec les autres positions du candidat.

> Lire aussi : Marine Le Pen vs. Emmanuel Macron : Comparaison des programmes énergie et climat



Énergie renouvelables 

  • Jean-Luc Mélenchon veut une production d'électricité 100% renouvelable en 2050 et propose pour cela deux leviers : "réduction de la consommation d’énergie - remettant en cause notre modèle productiviste" et développement des énergies renouvelables.
Note : 10/20
Appréciation : Voir loin c'est bien mais regardez quand même où vous mettez les pieds.

Nucléaire

  • Jean-Luc Mélenchon veut sortir du nucléaire avant 2050 et abandonner la modernisation des centrales ("grand carénage"). Cela implique une fermeture rapide des centrales nucléaires françaises mais il ne donne pas de détails sur le calendrier ce qui fait peser un sérieux doute sur la crédibilité de cet engagement.
  • Il veut arrêter la centrale de Fessenheim et en faire un site pilote pour le démantèlement des centrales nucléaires françaises en garantissant l'emploi des salariés. Il veut également abandonner la construction de l'EPR de Flamanville (dont la mise en service est prévue l'année prochaine).
  • Il est opposé au projet d’enfouissement des déchets nucléaires à Bure mais ne propose pas d'alternative.
Note : 13/20
Appréciation : Elève ambitieux et appliqué. Le travail manque encore de précision.

Fossiles

  • Jean-Luc Mélenchon veut arrêter les subventions aux énergies fossiles mais ne donne pas de précision notamment sur l'accompagnement social de cette mesure.
  • Il veut taxer les transports routiers et aériens de marchandises et promouvoir les carburants alternatifs, notamment l'électricité et le gaz de synthèse.
  • Il est favorable à l'interdiction d'exploiter les hydrocarbures non-conventionnels (de facto déjà en vigueur depuis la loi Jacob de 2011).
Note : 15/20
Appréciation : L'essentiel y est

 Sobriété et efficacité

Note : 11/20
Appréciation : Attention à ne pas refaire les même erreurs !

Climat

  • Le climat apparait peu dans le programme de Jean-Luc Mélenchon malgré des prises de position dans certaines interventions publiques. En particulier, il manque une réflexion sur la lutte contre le changement climatique en politique étrangère et dans (ou en dehors) de la politique européenne.
Note : 9/20
Appréciation : Décevant surtout à l'écrit

Économie et fiscalité

  • Jean-Luc Mélenchon veut inscrire une "règle verte" dans la Constitution. Plutôt mal définie sur le plan pratique et juridique cette règle interdirait de prélever plus de ressources que la nature ne peut en reconstituer.
  • Il veut nationaliser les entreprises du secteur de l'énergie, notamment EDF et Engie. Une telle décision ne semble pas impossible mais elle est encadrée juridiquement et nécessiterait des indemnisations se chiffrant en dizaines de milliards d'euros. On peut aussi se demander pourquoi nationaliser EDF dont l’État possède déjà 83% : l'actionnariat public ne semble pas y être un gage de réussite et de défense de l’intérêt général...
  • Il veut que l'énergie soit gratuite pour les besoins de première nécessité et propose une tarification progressive du gaz et de l'électricité. 
  • Il souhaite que l'empreinte carbone et énergie soit intégrée dans la commande publique.
Note :12/20
Appréciation : Beaucoup d'idées. Un tri et un peu de précisions ne feraient pas de mal.

Les autres bulletins de notes :

Publié le 20 avril 2017 par Thibault Laconde



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Energie et climat : le bulletin de notes de Benoit Hamon

Energie et climat : le bulletin de notes de Benoit Hamon

Ce bulletin évalue le sérieux des objectifs proposés (exhaustivité, cohérence, faisabilité technique...) et leur crédibilité au regard des moyens envisagés pour les atteindre. Les notes ne reflètent donc pas une opinion politique : deux proposition contraires peuvent obtenir une bonne note si elles sont réalistes, suffisamment détaillées et cohérentes avec les autres positions du candidat.

> Lire aussi : Marine Le Pen vs. Emmanuel Macron : Comparaison des programmes énergie et climat



Énergie renouvelables 

  • Benoit Hamon souhaite atteindre 50% d'énergie renouvelables en 2025. C'est un objectif très ambitieux : la programmation pluriannuelle de l'énergie, par exemple, n'en prévoit que 32% en 2030. Il se fixe un objectif de 100% renouvelables en 2050 mais ne propose pas de dispositif pour atteindre ces objectifs.
  • Il veut réorienter la recherche d'EDF vers les renouvelables et favoriser la production décentralisée.
Note : 11/20
Appréciation : Trop imprécis. Les résultats pourraient être meilleurs avec plus de rigueur.

Nucléaire

  • Benoit Hamon veut baisser la part du nucléaire à 50% du mix électrique français en 2025 et en sortir totalement en 25 ans. Cela implique une fermeture rapide des centrales nucléaires françaises qui permettrait d'éviter de nouveaux investissements dans le parc existant. En revanche, il n'explique pas par quoi il compte remplacer la production nucléaire, cela fait peser un sérieux doute sur la crédibilité de cet engagement.
  • Il est opposé au projet d’enfouissement des déchets nucléaires à Bure mais ne propose pas d'alternative.
Note : 8/20
Appréciation : La volonté ne fait pas tout, vous devez vous ressaisir !

Fossiles

  • Benoit Hamon s'est prononcé contre l'exploitation des hydrocarbures non-conventionnels.
  • Il veut éliminer toute utilisation d'énergie fossile à l'horizon 2050.
Note : 11/20
Appréciation : Résultat un peu décevant

 Sobriété et efficacité

  • Benoit Hamon veut investir 100 milliards d'euros en 5 ans (30Mds€ de financements publics) pour la rénovation urbaine dont une partie dans l'isolation des bâtiments.
  • Il veut un "plan d’efficacité et de sobriété énergétique créateur d’emploi" comprenant notamment la réglementation des consommations pour les appareils les plus gourmands et énergie et des incitations à la réparation et au recyclage.
Note : 14/20
Appréciation : Relativement satisfaisant

Climat

  • Benoit Hamon veut "garantir la mise en œuvre de la COP21 et les objectifs de développement durable, y compris dans les lois de finance".
  • Il veut faire du programme "4 pour 1000" (séquestration du carbone dans les sols) une priorité
  • D'une manière générale, le climat apparait très peu dans son programme (par exemple, le mot "climat" figure une seule fois sur le site de campagne) ce qui tranche avec le discours engagé qu'il a tenu à ce sujet notamment lors des débats télévisés.
Note :13/20
Appréciation : Manque de sérieux à l'écrit mais l'ensemble reste correct.

Économie et fiscalité

  • Benoit Hamon propose un "bouclier énergétique" qui limiterait à 10% les dépenses d'énergie des ménages.
  • L'accord passé avec EELV prévoit "une taxe carbone substantielle" sans plus de précision. Il veut aussi une TVA plus faible sur les produits peu carbonés. 
  • Il souhaite aligner la fiscalité du diesel sur celle de l'essence et supprimer les "niches fiscales anti-environnementales".
  • Il veut inscrire dans la Constitution la protection des bien communs (eau, air, terre et biodiversité) contre la dégradation ou l'appropriation. Cette proposition est intéressante mais, en supposant qu'il existe une majorité suffisante pour modifier la Constitution, son effet réel dépend beaucoup de la formulation retenue. On peut se demander si elle représenterait un réel apport par rapport à la Charte de l'Environnement ajoutée à la Constitution en 2005.
Note :15/20
Appréciation : Un bon ensemble. Quelques points mériteraient d'être approfondis.

Les autres bulletins de notes :

Publié le 20 avril 2017 par Thibault Laconde



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Energie et climat : le bulletin de notes d'Emmanuel Macron

Energie et climat : le bulletin de note d'Emmanuel Macron


Ce bulletin évalue le sérieux des objectifs proposés (exhaustivité, cohérence, faisabilité technique...) et leur crédibilité au regard des moyens envisagés pour les atteindre. Les notes ne reflètent donc pas une opinion politique : deux proposition contraires peuvent obtenir une bonne note si elles sont réalistes, suffisamment détaillées et cohérentes avec les autres positions du candidat.

> Lire aussi : Marine Le Pen vs. Emmanuel Macron : Comparaison des programmes énergie et climat



Énergie renouvelables 

  • Emmanuel Macron veut doubler la capacité des parcs solaires et éoliens français en 5 ans. Cet objectif correspond à une augmentation de la production renouvelable de 32TWh, très en dessous de ce qui est prévu par la programmation pluriannuelle de l'énergie (70TWh en 2023).
  • Il veut cependant respecter l'objectif de la loi sur la transition énergétique et produire 32% de l'électricité française grâce aux énergies renouvelables en 2030.
Note : 12/20
Appréciation : Bonnes bases mais vous pourriez faire beaucoup mieux !

Nucléaire

Note : 9/20
Appréciation : Emmanuel néglige trop son travail à la maison

Fossiles

  • Emmanuel Macron veut fermer les dernières centrales à charbon françaises avant 2022.
  • Il est opposé à l'exploitation des hydrocarbures non-conventionnels mais souhaite que des forages de recherche restent possibles. Il s'oppose à la délivrance de nouveaux permis d'exploitation pour les hydrocarbures.
Note : 14/20
Appréciation : Bon ensemble. Continuez.

 Sobriété et efficacité

  • Emmanuel Macron veut investir 4 milliards d'euros dans la rénovation des bâtiments publics.
  • Il veut rénover 1 million de logements, notamment en proposant des audits énergétiques gratuits pour les foyers en situation de précarité énergétique et en réformant le système de crédit d'impôt pour le rendre plus incitatif.
  • Il veut des standards d'émission plus contraignant pour les véhicules et des tests en conditions réelles
Note : 13/20
Appréciation : Méritant à défaut d'être excellent.

Climat

  • Le programme d'Emmanuel Macron indique que 2016 a été l'année la plus chaude jamais enregistrée et qu'il y aura 250 millions de réfugiés climatiques en 2050.
  • La mise en œuvre de l'Accord de Paris doit être une des priorités de l'action internationale française. Une version antérieure de son programme appelait à des sanctions commerciales au niveau européen contre les pays qui ne respecteraient pas l'Accord de Paris, cette proposition a été remplacée par une formulation plus vague.
Note :12/20
Appréciation : Baisse de régime mais encore correct.

Économie et fiscalité

  • Emmanuel Macron veut investir 15 milliards d'euros dans la transition énergétique. La somme est relativement modeste à l'échelle des besoins de financement mais au moins c'est un engagement chiffré.
  • Il prévoit une taxe carbone de 100€ par tonne en 2030 (objectif déjà fixé par la loi sur la transition énergétique) mais n'envisage pas de prix plancher pour les entreprises assujetties au marché européen du carbone.
  • Il veut aussi aligner la fiscalité du diesel sur celle de l'essence.
Note :13/20
Appréciation : Des efforts

Les autres bulletins de notes :



Publié le 20 avril 2017 par Thibault Laconde



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Energie et climat : le bulletin de notes de François Fillon

Energie et climat : le bulletin de notes de François Fillon


Ce bulletin évalue le sérieux des objectifs proposés (exhaustivité, cohérence, faisabilité technique...) et leur crédibilité au regard des moyens envisagés pour les atteindre. Les notes ne reflètent donc pas une opinion politique : deux proposition contraires peuvent obtenir une bonne note si elles sont réalistes, suffisamment détaillées et cohérentes avec les autres positions du candidat.

> Lire aussi : Marine Le Pen vs. Emmanuel Macron : Comparaison des programmes énergie et climat



Énergie renouvelables 

  • François Fillon veut "créer les conditions favorables au développement de véritables filières industrielles françaises des énergies renouvelables". Mais dans le même temps, il veut supprimer l'obligation d'achat, ce qui augmente l'incertitude pesant sur ces projets.
  • Il veut encourager l'autoconsommation pour les énergies renouvelables.
  • Il souhaite "mieux utiliser les ressources naturelles renouvelables, qui existent sur notre territoire comme le bois et la géothermie"
Note : 12/20
Appréciation : Bases correctes mais encore beaucoup trop d'incertitudes

Nucléaire

  • François Fillon veut prolonger la durée de vie des centrales nucléaires françaises et revenir sur les objectifs de la loi de transition énergétique. Il veut également maintenir en service la centrale de Fessenheim. Cela lui permet d'ignorer en grande partie le sujet et de laisser à ses successeurs la question de la fin de vie du parc nucléaire français.
  • Il veut encourager la recherche dans la 4e génération de réacteur nucléaire et les réacteurs modulaires (SMR).
Note : 13/20
Appréciation : Solide mais sans originalité

Fossiles

    • François Fillon veut supprimer la production d'électricité à partie d'énergie fossile mais cette promesse semble peu crédible, aussi bien techniquement qu'économiquement
    • Il a eu des positions contradictoires sur exploitations des hydrocarbures non-conventionnels et ce point est absent de son programme.
    • Il veut faire reculer l'utilisation de pétrole dans les transports notamment grâce au véhicule électrique.
    Note : 10/20
    Appréciation : Des ambitions, peu d'efforts

     Sobriété et efficacité

    • François Fillon veut "amplifier la politique d’économie d’énergie" mais ne précise pas comment.
    Note : 9/20
    Appréciation : Manque de sérieux !

    Climat

    • Le changement climatique est un sujet transverse dans le programme de François Fillon : il est mentionné dans la partie consacrée à l'environnement, bien sur, mais aussi dans les chapitres consacrés à la politique étrangère, à la politique européenne, à l'agriculture et à la mer. Il cite aussi l'Accord de Paris pour affirmer qu'il veillera à son application.
    • Le programme de François Fillon donne une place à l'adaptation au changement climatique et propose des actions dans ce sens notamment pour les agriculteurs et les habitants des zones littorales.
    • Cependant, il a tenu des propos que certains ont interprété comme climatosceptiques (par exemple, il estime que l'homme est "en partie" responsable du changement climatique).
    Note :14/20
    Appréciation : Étonnamment bon à l'écrit. L'oral reste perfectible.

    Économie et fiscalité

      • François Fillon veut un prix du carbone à 30€/TeqCO2 sur le marché européen du carbone et a dit qu'il respecterait les trajectoires prévues pour la taxe carbone. Cependant ce dernier point est absent de son programme.
      • Il veut "supprimer les mesures fiscales les plus défavorables à l’environnement" sans préciser lesquelles.
      Note :10/20
      Appréciation : Fragile. Il faut plus de travail !



      Publié le 19 avril 2017 par Thibault Laconde




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