Observatoire de la fracturation hydraulique - mai 2017

Chaque mois, retrouvez l'observatoire de la fracturation hydraulique : les statistiques essentielles pour comprendre l'évolution des hydrocarbures non-conventionnels et les principaux événements qui ont touché la production de gaz et pétrole de schiste.

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Observatoire de la fracturation hydraulique et des hydrocarbures non-conventionnels

 


Dans l'actualité ce mois-ci :
  • Focus : une expérience japonaise pourrait ouvrir la voie à l'exploitation des hydrates de méthane.
  • L'OPEP va-t-elle renouveler ses quotas de production ? Pour l'instant, ils ont fait le jeu des producteurs alternatifs notamment américains...
  • Donald Trump échoue à faire révoquer la "BLM rule", réglementation des émissions de méthane mise en place par Barack Obama.

Publié le  17 mai 2017 par Thibault Laconde


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50% de nucléaire en 2025 ? Un peu de mathématiques et un plaidoyer pour la révision de cet objectif

Comme Benoit Hamon, et implicitement Jean-Luc Mélenchon, Emmanuel Macron s'est engagé pendant sa campagne présidentielle à faire baisser la part du nucléaire dans le mix électrique français de 70% environ aujourd'hui à 50% en 2025. Ce chiffre est en fait la reprise d'un objectif figurant à l'article 1 de la loi sur la transition énergétique de 2015.
Le 9 mai, lors de la présentation des résultats trimestriels, le directeur financier d'EDF a affirmé qu'Emmanuel Macron comptait repousser la mise en œuvre de cet objectif.

Si c'est confirmé, l'histoire retiendra peut-être dans cet épisode le premier renoncement du président Macron. Qu'il porte sur l'énergie, secteur qui a besoin d'orientations stables et de paroles crédibles, n'a rien de rassurant.
Ce n'est cependant pas une surprise : l'objectif de 50% de nucléaire en 2025 est difficilement tenable et mériterait d'être repensé. Voici pourquoi.

(Si les détails vous ennuient, n'hésitez pas à passer directement au dernier paragraphe en cliquant ici)


Pourquoi baisser la consommation/les exportations n'est pas une solution


Baisser la part du nucléaire à 50% est un objectif très ambitieux et s'il était réellement mis en œuvre, le mix électrique français serait difficile à boucler dans les années qui viennent. En s'appuyant sur les autres objectifs chiffrés contenus dans le programme d'En Marche !, on s'aperçoit rapidement que si les 50% de nucléaire étaient réellement visés, au moins 30TWh - soit la consommation électrique de la région Normandie - manqueraient dès la fin du prochain quinquennat.
Ce calcul m'a souvent attiré une réponse du type : "C'est pas grave, il suffit de baisser notre consommation/nos exportations de 30TWh". Outre qu'on ne raye pas d'un trait de plume une telle consommation, cette méthode ne marche tout simplement pas.

Pourquoi ? Parce que l'objectif de réduction du nucléaire n'est pas absolu mais relatif à la production d'électricité. Si la consommation ou les exportations sont réduites de 30TWh, la production totale recule d'autant et, par conséquent, la production nucléaire autorisée pour respecter les 50% baisse elle aussi (de 15TWh). Réduire la production permet certes de se rapprocher de l'objectif mais ne peut pas suffire à l'atteindre sauf si la production d'électricité hors-nucléaire augmente dans le même temps.


Prenons le problème dans l'autre sens


Énonçons une évidence mathématique : viser 50% d'électricité nucléaire, c'est fixer simultanément un objectif de production nucléaire et un objectif de production non-nucléaire ou, ce qui revient au même, un couple (variation de la production totale, variation de la production non-nucléaire) sur la période 2016-2025.
Et si on prenait le problème dans l'autre sens ? Au lieu de se donner des objectifs pour les renouvelables puis de prendre des hypothèses, toujours contestables, sur la production totale et enfin de vérifier que l'objectif de 50% est atteint, on peut essayer de trouver tous les couples  (Δ production totale, Δ production non-nucléaire) qui permettent de remplir cet objectif.

Je vous épargne le calcul, on arrive au résultat suivant :
Comment arriver à 50% de nucléaire en France en 2025

La ligne bleue pleine représente toutes les solutions au problème. Mathématiquement, il n'est pas possible d'arriver à 50% de nucléaire en France en 2025 autrement qu'en choisissant un couple (variation de la production totale, variation de la production non-nucléaire) situé sur cette droite.
La ligne hachurée représente les étapes intermédiaires possibles en 2022 en supposant que l’évolution de la production totale et de la production non-nucléaire soient régulières pendant la période 2017-2025.


Mise en pratique : le programme d'Emmanuel Macron


Tout ça est un peu abstrait. Voyons donc comment utiliser le graphique précédent sur un cas pratique.
Dans son programme Emmanuel Macron promet la baisse du nucléaire à 50% en 2025 et le doublement d'ici à 2022 du parc solaire et éolien français. Comme j'ai déjà eu l'occasion de l'expliquer, ce second engagement signifie une production renouvelable supplémentaire d'environ 32TWh. Reportons donc une hausse de 32TWh de la production non-nucléaire sur le graphique :
Programme Macron : Quelle baisse de la production électrique est nécessaire pour arriver à 50% de nucléaire

On voit que, si la production non-nucléaire augmente de 32TWh, atteindre l'objectif de 50% nucléaire implique de réduire la production totale d'environ 175TWh, soit un tiers de la consommation française actuelle.
Si cet objectif devait vraiment être poursuivi et si la baisse de la production est régulière, celle-ci devrait déjà avoir reculé d'un peu moins de 100TWh en 2022.


Plaidoyer pour une reformulation de l'objectif de baisse du nucléaire


Ce que montre cette approche, c'est qu'atteindre 50% de nucléaire dans le mix électrique français nécessite une augmentation massive de la production non-nucléaire et/ou une baisse de massive de la production. On parle ici de dizaines voire de centaines de térawattheures en moins d'une décennie...
Pour comparaison, depuis 17 ans qu'elle a lancé sa "sortie du nucléaire", l'Allemagne a baissé sa production nucléaire de 80TWh et augmenté sa production totale de 70TWh.

Si la marche est aussi haute, c'est avant tout parce que l'indicateur retenu pour la diversification du mix électrique français a été extrêmement mal choisi : fixer un objectif de production nucléaire relatif à la production totale, elle-même très majoritairement nucléaire, est stupide.
J'ai du mal à croire que je ne m'en sois pas aperçu avant. Et encore plus de mal à imaginer qu'une telle chose ait pu figurer dans un projet de loi et être voté.

En tout état de cause, cet objectif est peu crédible or une politique énergétique a besoin de crédibilité pour attirer les investissements privés indispensables à sa mise en œuvre. Si le nouveau président de la République veut tracer un chemin réaliste pour la diversification du mix électrique français, il doit clarifier sa position.
Si par hasard, lui ou (plus vraisemblablement) son équipe me lisent,  je leur recommande de convertir les 50% de nucléaire en un objectif de production absolu : puisque la France a produit 530TWh d'électricité en 2016, pourquoi ne pas se donner comme but de parvenir à 265TWh de nucléaire en 2025 ?
Cela représenterait une baisse de la production nucléaire de 100TWh par rapport à 2016, un objectif facile à retenir et encore très ambitieux mais sans avoir la quasi-impossibilité mathématique des 50%.


Publié le 6 mars 2016 par Thibault Laconde, dernière mise à jour le 9 mai 2017 


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Emmanuel Macron vs. Marine Le Pen : le match des programmes sur l'énergie et le climat

La France doit choisir entre Emmanuel Macron et Marine Le Pen, une alternative inédite et vertigineuse. Dans leurs valeurs comme dans leurs parcours, ces deux candidats sont presque l'exact opposé l'un de l'autre et il est probable que la plupart des électeurs se décideront sur cette opposition plutôt que sur le fond des programmes.
Cette réalité ne devrait pas empêcher les candidats de continuer à expliquer et approfondir leurs projets. C'est particulièrement nécessaire pour l'énergie et le climat : dans ces domaines, le vainqueurs aura à prendre des décisions difficiles, il lui faudra donc une vision et un mandat clairs.
Les programmes d'Emmanuel Macron et de Marine Le Pen présentent de nettes divergences sur le nucléaire, le climat, la fiscalité... mais, à deux semaines du second tour, aucun des deux n'est suffisamment précis pour être vraiment crédible. Espérons donc que ces projets seront discutés et affinés dans les 15 prochains jours.

En attendant voici un état des lieux :
Comparaison des programmes énergie et climat de Macron et Le Pen


Nucléaire

Avenir du parc nucléaire

  • Emmanuel Macron se prononce en faveur d'un rééquilibrage du mix électrique français. Il veut réduire la part du nucléaire dans la production à 50% d'ici à 2025 mais, à l'heure actuelle, il ne propose pas de solution crédible pour y parvenir
  • Marine Le Pen veut prolonger de "20 ans, peut-être 30" les centrales nucléaires françaises même si en 2012 elle jugeait le nucléaire dangereux. Cette orientation nécessite de lourds investissement dans le "grand carénage" destiné à rénover les vieux réacteurs français et permettrait à Marine Le Pen de laisser à ses successeurs la question de la fin de vie du parc nucléaire français.

 Fessenheim et la fermeture des centrales nucléaires

  • Emmanuel Macron s'est engagé à arrêter la centrale de Fessenheim mais il ne se prononce pas sur la fermeture des autres centrales nucléaires. Il veut attendre l'avis de l'Agence de Sureté Nucléaire pour décider de la prolongation ou non des réacteurs au-delà de leur quarantième anniversaire.
  • Marine Le Pen est contre la fermeture de la centrale de Fessenheim.

Déchets nucléaires

  • Emmanuel Macron ne s'est pas prononcé sur la gestion des déchets radioactifs mais a soutenu le projet de Bure lorsqu'il était ministre de l'économie.
  • Marine Le Pen veut mettre fin au projet de stockage géologique des déchets radioactifs à Bure et affirme que "chaque région doit prendre sa part" des déchets nucléaires.

Énergie renouvelables  

Objectif

  • Emmanuel Macron veut doubler la capacité des parcs solaires et éoliens français en 5 ans. Cet objectif correspond à une augmentation de la production renouvelable de 32TWh, inférieure à ce qui est prévu par la programmation pluriannuelle de l'énergie (au moins 70TWh en 2023). Il a confirmé un autre objectif de la loi sur la transition énergétique : produire 32% de l'énergie française grâce aux renouvelables en 2030.
  • Marine Le Pen veut "développer massivement les filières françaises des énergies renouvelables". Mais elle ne donne pas d'objectif chiffré et dans le même temps elle veut l’arrêt immédiat de la construction d'éoliennes terrestres ou maritimes, alors qu'il s'agit d'une des filières renouvelable les moins chères et les plus matures.

Recherche

  • Emmanuel Macron veut "focaliser les efforts de recherche, de développement et d’investissement des opérateurs sur le stockage de l’énergie et les réseaux électriques intelligents"
  • Marine Le Pen veut développer la filière hydrogène. La production d'hydrogène à partir d'électricité est une des solutions envisagées pour stocker l'énergie.

Fossiles

Centrales à charbon

  • Emmanuel Macron veut fermer les dernières centrales à charbon françaises avant 2022.
  • Contrairement Emmanuel Macron mais aussi à François Fillon, Benoit Hamon et Jean-Luc Mélenchon, Marine Le Pen ne s'est pas prononcé pas pour la fermeture des dernières centrales à charbon françaises

 Hydrocarbures

  • Emmanuel Macron est opposé à l'exploitation du gaz de schiste mais souhaite que des forages de recherche restent possibles. Il s'oppose à la délivrance de nouveaux permis d'exploitation pour les hydrocarbures.
  • Marine Le Pen veut maintenir l'interdiction d'exploiter les hydrocarbures non-conventionnels "tant que des conditions satisfaisantes en matière d’environnement, de sécurité et de santé ne seront pas réunies".

Sobriété et efficacité

Bâtiment

  • Emmanuel Macron veut investir 4 milliards d'euros dans la rénovation des bâtiments publics. Il veut rénover 1 million de logements, notamment en proposant des audits énergétiques gratuits pour les foyers en situation de précarité énergétique et en réformant le système de crédit d'impôt pour le rendre plus incitatif. 
  • Marine Le Pen veut "faire de l’isolation de l’habitat une priorité budgétaire du quinquennat" sans préciser d'objectif ou de montant. 

Transports

  • En complément du bonus-malus existant, Emmanuel Macron veut créer une aide pour le remplacement des voitures construites avant 2001. Il veut aussi accélérer le déploiement des bornes de recharge pour les véhicules électriques. Une version précédente de son programme se donnait pour objectif de ne plus commercialiser de véhicule thermique à partir de 2040.
  • Marine Le Pen ne se donne aucun objectif concernant les transports et la mobilité. Elle veut réduire la dépendance au pétrole par le développement de la filière hydrogène.

Changement climatique

Importance du climat

  • Le programme d'Emmanuel Macron indique que 2016 a été l'année la plus chaude jamais enregistrée et qu'il y aura 250 millions de réfugiés climatiques en 2050.
  • Le climat ne figure nulle part dans le programme de Marine Le Pen

Accord de Paris

  • Pour Emmanuel Macron, la mise en œuvre de l'Accord de Paris doit être une des priorités de l'action internationale française. Une version antérieure de son programme appelait à des sanctions commerciales au niveau européen contre les pays qui ne respecteraient pas l'Accord de Paris, cette proposition a été remplacée par une formulation plus vague.
  • Marine Le Pen s'est abstenu lors du vote du Parlement Européen sur la ratification de l'Accord de Paris et le groupe parlementaire dont elle est co-présidente a voté contre. 

Fiscalité et prix de l'énergie

Taxation du diesel

  • Emmanuel Macron veut aussi aligner la fiscalité du diesel sur celle de l'essence.
  • Marine Le Pen s'est prononcée contre cette mesure.

Taxe carbone

  • Emmanuel Macron a confirmé l'objectif prévu par la loi sur la transition énergétique d'une taxe carbone de 100€ par tonne en 2030 mais n'envisage pas de prix plancher pour les entreprises assujetties au marché européen du carbone.
  • En 2013, le Front National se prononçait contre la taxe carbone ("une inacceptable mesure fiscale déguisée en vert"), depuis plus de son ni d'image.

Prix de l'énergie

  • Emmanuel Macron ne se prononce pas sur le prix de l'énergie mais ses propositions, notamment sur le diesel et la taxe carbone, feront probablement augmenter les factures. En contrepartie, il propose un accompagnement des foyers en situation de précarité énergétique, par exemple avec des audits gratuits.
  • Marine Le Pen promet une baisse de 5% des tarifs réglementés de l'électricité et du gaz mais cette promesse est probablement incompatible avec les investissement qu'elle prévoit dans la rénovation des centrales nucléaires. Elle s'est d'ailleurs prononcée pour une augmentation de l'ARENH, c'est-à-dire le prix auquel EDF vend l'électricité nucléaire à ses concurrents, ce qui est évidemment en contradiction avec une baisse du prix au consommateur.


Mon avis ? 


Dans les domaines de l'énergie et du climat, les programmes d'Emmanuel Macron et de Marine Le Pen proposent des orientations divergentes et donc un réel choix pour les électeurs.
Je crois que c'est une bonne chose : la politique énergétique française est depuis longtemps paralysée par l'incapacité des responsables à définir et faire respecter une orientation claire. De ce point de vue, j'aurais préféré que cette alternative soit portée par deux candidats "ordinaires" ce qui aurait donné plus de force au résultat des urnes.

Sur le fond, si je devais donc me prononcer en laissant de coté mes propres préférences et en ne m'intéressant qu'au sérieux des deux propositions, voici ce que je dirais :
  • Comme je l'ai déjà relevé en introduction, il reste trop d'imprécision voire de contradiction. Cette situation rend difficile une évaluation sérieuse des projets, par exemple en termes de faisabilité technique ou de budget. A l'heure actuelle aucun des deux programmes ne peut être considéré comme satisfaisant. Même si celui d'Emmanuel Macron est légèrement plus complet il me semble indispensable que les équipes des deux candidats s'attellent à ces sujets avec plus de sérieux.
  • Cependant, il n'est pas possible de mettre les deux programmes sur le même plan. On voit chez Marine Le Pen une nette tendance au négationnisme climatique alors que ses déclaration - et ses revirements - sur le prix de l'énergie, les éoliennes ou le stockage des déchets radioactifs révèlent une dérive clientéliste. En matière d'énergie, le Front National ne semble pas avoir de vision mais essayer de satisfaire ses interlocuteurs quitte à se contredire régulièrement. Dans la situation où nous nous trouvons actuellement, c'est la recette du désastre.



Publié le 24 avril 2017 par Thibault Laconde



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Energie et climat : le bulletin de notes de Jean-Luc Mélenchon

Energie et climat : le bulletin de note de Jean-Luc Mélenchon

Ce bulletin évalue le sérieux des objectifs proposés (exhaustivité, cohérence, faisabilité technique...) et leur crédibilité au regard des moyens envisagés pour les atteindre. Les notes ne reflètent donc pas une opinion politique : deux proposition contraires peuvent obtenir une bonne note si elles sont réalistes, suffisamment détaillées et cohérentes avec les autres positions du candidat.

> Lire aussi : Marine Le Pen vs. Emmanuel Macron : Comparaison des programmes énergie et climat



Énergie renouvelables 

  • Jean-Luc Mélenchon veut une production d'électricité 100% renouvelable en 2050 et propose pour cela deux leviers : "réduction de la consommation d’énergie - remettant en cause notre modèle productiviste" et développement des énergies renouvelables.
Note : 10/20
Appréciation : Voir loin c'est bien mais regardez quand même où vous mettez les pieds.

Nucléaire

  • Jean-Luc Mélenchon veut sortir du nucléaire avant 2050 et abandonner la modernisation des centrales ("grand carénage"). Cela implique une fermeture rapide des centrales nucléaires françaises mais il ne donne pas de détails sur le calendrier ce qui fait peser un sérieux doute sur la crédibilité de cet engagement.
  • Il veut arrêter la centrale de Fessenheim et en faire un site pilote pour le démantèlement des centrales nucléaires françaises en garantissant l'emploi des salariés. Il veut également abandonner la construction de l'EPR de Flamanville (dont la mise en service est prévue l'année prochaine).
  • Il est opposé au projet d’enfouissement des déchets nucléaires à Bure mais ne propose pas d'alternative.
Note : 13/20
Appréciation : Elève ambitieux et appliqué. Le travail manque encore de précision.

Fossiles

  • Jean-Luc Mélenchon veut arrêter les subventions aux énergies fossiles mais ne donne pas de précision notamment sur l'accompagnement social de cette mesure.
  • Il veut taxer les transports routiers et aériens de marchandises et promouvoir les carburants alternatifs, notamment l'électricité et le gaz de synthèse.
  • Il est favorable à l'interdiction d'exploiter les hydrocarbures non-conventionnels (de facto déjà en vigueur depuis la loi Jacob de 2011).
Note : 15/20
Appréciation : L'essentiel y est

 Sobriété et efficacité

Note : 11/20
Appréciation : Attention à ne pas refaire les même erreurs !

Climat

  • Le climat apparait peu dans le programme de Jean-Luc Mélenchon malgré des prises de position dans certaines interventions publiques. En particulier, il manque une réflexion sur la lutte contre le changement climatique en politique étrangère et dans (ou en dehors) de la politique européenne.
Note : 9/20
Appréciation : Décevant surtout à l'écrit

Économie et fiscalité

  • Jean-Luc Mélenchon veut inscrire une "règle verte" dans la Constitution. Plutôt mal définie sur le plan pratique et juridique cette règle interdirait de prélever plus de ressources que la nature ne peut en reconstituer.
  • Il veut nationaliser les entreprises du secteur de l'énergie, notamment EDF et Engie. Une telle décision ne semble pas impossible mais elle est encadrée juridiquement et nécessiterait des indemnisations se chiffrant en dizaines de milliards d'euros. On peut aussi se demander pourquoi nationaliser EDF dont l’État possède déjà 83% : l'actionnariat public ne semble pas y être un gage de réussite et de défense de l’intérêt général...
  • Il veut que l'énergie soit gratuite pour les besoins de première nécessité et propose une tarification progressive du gaz et de l'électricité. 
  • Il souhaite que l'empreinte carbone et énergie soit intégrée dans la commande publique.
Note :12/20
Appréciation : Beaucoup d'idées. Un tri et un peu de précisions ne feraient pas de mal.

Les autres bulletins de notes :

Publié le 20 avril 2017 par Thibault Laconde



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Energie et climat : le bulletin de notes de Benoit Hamon

Energie et climat : le bulletin de notes de Benoit Hamon

Ce bulletin évalue le sérieux des objectifs proposés (exhaustivité, cohérence, faisabilité technique...) et leur crédibilité au regard des moyens envisagés pour les atteindre. Les notes ne reflètent donc pas une opinion politique : deux proposition contraires peuvent obtenir une bonne note si elles sont réalistes, suffisamment détaillées et cohérentes avec les autres positions du candidat.

> Lire aussi : Marine Le Pen vs. Emmanuel Macron : Comparaison des programmes énergie et climat



Énergie renouvelables 

  • Benoit Hamon souhaite atteindre 50% d'énergie renouvelables en 2025. C'est un objectif très ambitieux : la programmation pluriannuelle de l'énergie, par exemple, n'en prévoit que 32% en 2030. Il se fixe un objectif de 100% renouvelables en 2050 mais ne propose pas de dispositif pour atteindre ces objectifs.
  • Il veut réorienter la recherche d'EDF vers les renouvelables et favoriser la production décentralisée.
Note : 11/20
Appréciation : Trop imprécis. Les résultats pourraient être meilleurs avec plus de rigueur.

Nucléaire

  • Benoit Hamon veut baisser la part du nucléaire à 50% du mix électrique français en 2025 et en sortir totalement en 25 ans. Cela implique une fermeture rapide des centrales nucléaires françaises qui permettrait d'éviter de nouveaux investissements dans le parc existant. En revanche, il n'explique pas par quoi il compte remplacer la production nucléaire, cela fait peser un sérieux doute sur la crédibilité de cet engagement.
  • Il est opposé au projet d’enfouissement des déchets nucléaires à Bure mais ne propose pas d'alternative.
Note : 8/20
Appréciation : La volonté ne fait pas tout, vous devez vous ressaisir !

Fossiles

  • Benoit Hamon s'est prononcé contre l'exploitation des hydrocarbures non-conventionnels.
  • Il veut éliminer toute utilisation d'énergie fossile à l'horizon 2050.
Note : 11/20
Appréciation : Résultat un peu décevant

 Sobriété et efficacité

  • Benoit Hamon veut investir 100 milliards d'euros en 5 ans (30Mds€ de financements publics) pour la rénovation urbaine dont une partie dans l'isolation des bâtiments.
  • Il veut un "plan d’efficacité et de sobriété énergétique créateur d’emploi" comprenant notamment la réglementation des consommations pour les appareils les plus gourmands et énergie et des incitations à la réparation et au recyclage.
Note : 14/20
Appréciation : Relativement satisfaisant

Climat

  • Benoit Hamon veut "garantir la mise en œuvre de la COP21 et les objectifs de développement durable, y compris dans les lois de finance".
  • Il veut faire du programme "4 pour 1000" (séquestration du carbone dans les sols) une priorité
  • D'une manière générale, le climat apparait très peu dans son programme (par exemple, le mot "climat" figure une seule fois sur le site de campagne) ce qui tranche avec le discours engagé qu'il a tenu à ce sujet notamment lors des débats télévisés.
Note :13/20
Appréciation : Manque de sérieux à l'écrit mais l'ensemble reste correct.

Économie et fiscalité

  • Benoit Hamon propose un "bouclier énergétique" qui limiterait à 10% les dépenses d'énergie des ménages.
  • L'accord passé avec EELV prévoit "une taxe carbone substantielle" sans plus de précision. Il veut aussi une TVA plus faible sur les produits peu carbonés. 
  • Il souhaite aligner la fiscalité du diesel sur celle de l'essence et supprimer les "niches fiscales anti-environnementales".
  • Il veut inscrire dans la Constitution la protection des bien communs (eau, air, terre et biodiversité) contre la dégradation ou l'appropriation. Cette proposition est intéressante mais, en supposant qu'il existe une majorité suffisante pour modifier la Constitution, son effet réel dépend beaucoup de la formulation retenue. On peut se demander si elle représenterait un réel apport par rapport à la Charte de l'Environnement ajoutée à la Constitution en 2005.
Note :15/20
Appréciation : Un bon ensemble. Quelques points mériteraient d'être approfondis.

Les autres bulletins de notes :

Publié le 20 avril 2017 par Thibault Laconde



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Energie et climat : le bulletin de notes d'Emmanuel Macron

Energie et climat : le bulletin de note d'Emmanuel Macron


Ce bulletin évalue le sérieux des objectifs proposés (exhaustivité, cohérence, faisabilité technique...) et leur crédibilité au regard des moyens envisagés pour les atteindre. Les notes ne reflètent donc pas une opinion politique : deux proposition contraires peuvent obtenir une bonne note si elles sont réalistes, suffisamment détaillées et cohérentes avec les autres positions du candidat.

> Lire aussi : Marine Le Pen vs. Emmanuel Macron : Comparaison des programmes énergie et climat



Énergie renouvelables 

  • Emmanuel Macron veut doubler la capacité des parcs solaires et éoliens français en 5 ans. Cet objectif correspond à une augmentation de la production renouvelable de 32TWh, très en dessous de ce qui est prévu par la programmation pluriannuelle de l'énergie (70TWh en 2023).
  • Il veut cependant respecter l'objectif de la loi sur la transition énergétique et produire 32% de l'électricité française grâce aux énergies renouvelables en 2030.
Note : 12/20
Appréciation : Bonnes bases mais vous pourriez faire beaucoup mieux !

Nucléaire

Note : 9/20
Appréciation : Emmanuel néglige trop son travail à la maison

Fossiles

  • Emmanuel Macron veut fermer les dernières centrales à charbon françaises avant 2022.
  • Il est opposé à l'exploitation des hydrocarbures non-conventionnels mais souhaite que des forages de recherche restent possibles. Il s'oppose à la délivrance de nouveaux permis d'exploitation pour les hydrocarbures.
Note : 14/20
Appréciation : Bon ensemble. Continuez.

 Sobriété et efficacité

  • Emmanuel Macron veut investir 4 milliards d'euros dans la rénovation des bâtiments publics.
  • Il veut rénover 1 million de logements, notamment en proposant des audits énergétiques gratuits pour les foyers en situation de précarité énergétique et en réformant le système de crédit d'impôt pour le rendre plus incitatif.
  • Il veut des standards d'émission plus contraignant pour les véhicules et des tests en conditions réelles
Note : 13/20
Appréciation : Méritant à défaut d'être excellent.

Climat

  • Le programme d'Emmanuel Macron indique que 2016 a été l'année la plus chaude jamais enregistrée et qu'il y aura 250 millions de réfugiés climatiques en 2050.
  • La mise en œuvre de l'Accord de Paris doit être une des priorités de l'action internationale française. Une version antérieure de son programme appelait à des sanctions commerciales au niveau européen contre les pays qui ne respecteraient pas l'Accord de Paris, cette proposition a été remplacée par une formulation plus vague.
Note :12/20
Appréciation : Baisse de régime mais encore correct.

Économie et fiscalité

  • Emmanuel Macron veut investir 15 milliards d'euros dans la transition énergétique. La somme est relativement modeste à l'échelle des besoins de financement mais au moins c'est un engagement chiffré.
  • Il prévoit une taxe carbone de 100€ par tonne en 2030 (objectif déjà fixé par la loi sur la transition énergétique) mais n'envisage pas de prix plancher pour les entreprises assujetties au marché européen du carbone.
  • Il veut aussi aligner la fiscalité du diesel sur celle de l'essence.
Note :13/20
Appréciation : Des efforts

Les autres bulletins de notes :



Publié le 20 avril 2017 par Thibault Laconde



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Energie et climat : le bulletin de notes de François Fillon

Energie et climat : le bulletin de notes de François Fillon


Ce bulletin évalue le sérieux des objectifs proposés (exhaustivité, cohérence, faisabilité technique...) et leur crédibilité au regard des moyens envisagés pour les atteindre. Les notes ne reflètent donc pas une opinion politique : deux proposition contraires peuvent obtenir une bonne note si elles sont réalistes, suffisamment détaillées et cohérentes avec les autres positions du candidat.

> Lire aussi : Marine Le Pen vs. Emmanuel Macron : Comparaison des programmes énergie et climat



Énergie renouvelables 

  • François Fillon veut "créer les conditions favorables au développement de véritables filières industrielles françaises des énergies renouvelables". Mais dans le même temps, il veut supprimer l'obligation d'achat, ce qui augmente l'incertitude pesant sur ces projets.
  • Il veut encourager l'autoconsommation pour les énergies renouvelables.
  • Il souhaite "mieux utiliser les ressources naturelles renouvelables, qui existent sur notre territoire comme le bois et la géothermie"
Note : 12/20
Appréciation : Bases correctes mais encore beaucoup trop d'incertitudes

Nucléaire

  • François Fillon veut prolonger la durée de vie des centrales nucléaires françaises et revenir sur les objectifs de la loi de transition énergétique. Il veut également maintenir en service la centrale de Fessenheim. Cela lui permet d'ignorer en grande partie le sujet et de laisser à ses successeurs la question de la fin de vie du parc nucléaire français.
  • Il veut encourager la recherche dans la 4e génération de réacteur nucléaire et les réacteurs modulaires (SMR).
Note : 13/20
Appréciation : Solide mais sans originalité

Fossiles

    • François Fillon veut supprimer la production d'électricité à partie d'énergie fossile mais cette promesse semble peu crédible, aussi bien techniquement qu'économiquement
    • Il a eu des positions contradictoires sur exploitations des hydrocarbures non-conventionnels et ce point est absent de son programme.
    • Il veut faire reculer l'utilisation de pétrole dans les transports notamment grâce au véhicule électrique.
    Note : 10/20
    Appréciation : Des ambitions, peu d'efforts

     Sobriété et efficacité

    • François Fillon veut "amplifier la politique d’économie d’énergie" mais ne précise pas comment.
    Note : 9/20
    Appréciation : Manque de sérieux !

    Climat

    • Le changement climatique est un sujet transverse dans le programme de François Fillon : il est mentionné dans la partie consacrée à l'environnement, bien sur, mais aussi dans les chapitres consacrés à la politique étrangère, à la politique européenne, à l'agriculture et à la mer. Il cite aussi l'Accord de Paris pour affirmer qu'il veillera à son application.
    • Le programme de François Fillon donne une place à l'adaptation au changement climatique et propose des actions dans ce sens notamment pour les agriculteurs et les habitants des zones littorales.
    • Cependant, il a tenu des propos que certains ont interprété comme climatosceptiques (par exemple, il estime que l'homme est "en partie" responsable du changement climatique).
    Note :14/20
    Appréciation : Étonnamment bon à l'écrit. L'oral reste perfectible.

    Économie et fiscalité

      • François Fillon veut un prix du carbone à 30€/TeqCO2 sur le marché européen du carbone et a dit qu'il respecterait les trajectoires prévues pour la taxe carbone. Cependant ce dernier point est absent de son programme.
      • Il veut "supprimer les mesures fiscales les plus défavorables à l’environnement" sans préciser lesquelles.
      Note :10/20
      Appréciation : Fragile. Il faut plus de travail !



      Publié le 19 avril 2017 par Thibault Laconde




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      Energie et climat : le bulletin de notes de Marine Le Pen

      Energie et climat : le bulletin de note du programme de Marine Le Pen



      Ce bulletin évalue le sérieux des objectifs proposés (exhaustivité, cohérence, faisabilité technique...) et leur crédibilité au regard des moyens envisagés pour les atteindre. Les notes ne reflètent donc pas une opinion politique : deux proposition contraires peuvent obtenir une bonne note si elles sont réalistes, suffisamment détaillées et cohérentes avec les autres positions du candidat.

      > Lire aussi : Marine Le Pen vs. Emmanuel Macron : Comparaison des programmes énergie et climat


       

      Énergie renouvelables 

      • Marine Le Pen veut "développer massivement les filières françaises des énergies renouvelables"
      • Mais dans le même temps elle veut l’arrêt immédiat de la construction d'éoliennes terrestres ou maritimes, alors qu'il s'agit d'une des filières renouvelable les moins chères et les plus matures.
      Note : 8/20
      Appréciation : Éolien nulle part, ou nulle en éolien ? That is the question...

      Nucléaire

      • Marine Le Pen, qui jugeait le nucléaire dangereux en 2012, veut désormais prolonger de "20 ans, peut-être 30" les centrales françaises. En particulier, elle veut maintenir en service la centrale de Fessenheim. Cela lui permet d'ignorer en grande partie le sujet et de laisser à ses successeurs la question de la fin de vie du parc nucléaire français.
      • Elle veut mettre fin au projet de stockage géologique des déchets radioactifs à Bure et affirme que "chaque région doit prendre sa part" des déchets nucléaires. 
      Note : 9/20
      Appréciation : Toujours à la recherche de solutions de facilité.

      Fossiles

      • Marine Le Pen veut maintenir l'interdiction d'exploiter les hydrocarbures non-conventionnels en vigueur en France depuis la loi Jacob de 2011.
      • Elle veut développer la filière hydrogène, sans plus de détail on peut supposer qu'il s'agit de remplacer une partie du carburant importé. Rappelons que l'hydrogène n'est qu'un vecteur : il faut une énergie abondante pour le produire.
      • Contrairement aux quatre principaux candidats, Marine Le Pen ne se prononce pas pour la fermeture des dernières centrales à charbon françaises
      Note : 11/20
      Appréciation : Juste passable

       Sobriété et efficacité

      • Marine Le Pen veut une baisse immédiate de 5% du prix du gaz et de l'électricité. Cette mesure ferait mécaniquement augmenter la consommation.
      • Elle veut "faire de l’isolation de l’habitat une priorité budgétaire du quinquennat" sans préciser d'objectif ou de montant.
      Note : 8/20
      Appréciation : Médiocre

      Climat

      • La lutte contre le changement climatique n'apparait nulle part dans le programme de Marine Le Pen.
      • Elle a voté, avec le groupe parlementaire dont elle est co-présidente au Parlement Européen, contre la ratification de l'Accord de Paris. 
      Note :0/20
      Appréciation : Si c'est pour dire des bêtises, vous avez raison de vous taire.

      Économie et fiscalité

      • La baisse des prix de l'électricité et du gaz proposée par Marine Le Pen est incompatible avec les investissements qu'elle prévoit par ailleurs notamment dans le nucléaire.
      • Elle est contre l'alignement de la fiscalité du diesel sur celle de l'essence 
      Note :7/20
      Appréciation : Aucun travail sérieux

      Publié le 19 avril 2017 par Thibault Laconde


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      Avis d'expert : "Nous avons surestimé notre capacité à démanteler rapidement le parc nucléaire français"

      Alors que le parc nucléaire français approche de sa fin de vie, la question du démantèlement des centrales se pose avec une acuité croissante : Serons-nous capables techniquement et économiquement de gérer ces chantiers ? Qui en est responsable et comment les mener à bien ? Peut-on encore éviter de laisser une charge insurmontable et un environnement contaminé aux générations futures ?

      J'en ai discuté avec Barbara Romagnan. Elle est députée et a notamment été rapporteuse d'un récent rapport d'information sur le démantèlement des installations nucléaires. Elle est par ailleurs responsable de la thématique développement durable au sein de l'équipe de Benoit Hamon.


      En quelques mots, quelles sont les grandes lignes et les principales recommandations de votre rapport sur le démantèlement des installations nucléaires ?


      Le rapport de la mission d’information s’articule autour des deux grands sujets : la faisabilité financière et la faisabilité technique du démantèlement. Nous avons procédé à un état des lieux afin de définir ce que recouvrait concrètement un démantèlement et quelles étaient les différentes règles juridiques, techniques, légales, qui présidaient à sa mise en œuvre. Nous avons ensuite formulé une première observation concernant l’avancée technique du savoir-faire des différents acteurs concernés en matière de démantèlement : nous concluons d’une part à une faisabilité pas entièrement assurée pour le plus ancien des deux parcs nucléaires que compte la France, d’autre part à l’importance de la gestion des déchets issus du démantèlement, qui conditionne très largement sa réussite. Dans un troisième temps, nous avons souhaité pour la dimension financière de nos travaux réaliser un focus sur les provisions qu’EDF constitue pour financer le démantèlement. Nous formulons sur ce point une alerte : les provisions nous semblent vraisemblablement sous-évaluées du fait d’hypothèses optimistes de la part de l’électricien, et au regard des financements mobilisés par les autres pays.

      Ces observations nous ont donc conduits à formuler plusieurs recommandations : revoir d’abord la méthode de prévisions des coûts, notamment en intégrant certains coûts annexes actuellement non pris en compte, et en établissant une prévision non pas à l’échelle du parc mais réacteur par réacteur. Il faut ensuite établir un calendrier prévisionnel des réacteurs à démanteler pour permettre une certaine visibilité. Côté déchet, nous proposons enfin d’assouplir les règles de stockage des déchets dits de très faible activité (TFA) afin de réduire les volumes à traiter.


      Comment doit se dérouler concrètement le démantèlement des centrales françaises ? Comment les délais et les coûts sont-ils estimés ?


      La France a adopté le principe du démantèlement immédiat des centrales, afin de ne pas en léguer la charge aux générations futures. Ce principe a été consacré par la loi relative à la transition énergétique de 2015, disposant qu’à l’arrêt d’une exploitation nucléaire, l’exploitant procède à son démantèlement dans un délai aussi court que possible. Cela étant dit, il n’existe pas à proprement parler de définition stricte du démantèlement : une installation nucléaire est considérée comme démantelée lorsque l’Autorité de Sûreté Nucléaire (ASN) constate la réalisation des travaux et que la déclassification administrative du site est validée. L’expression du « retour à l’herbe » qui illustre un démantèlement permettant de rendre le terrain à des usages non restreints n’est donc pas nécessairement le stade visé par l’exploitant.

      Actuellement, les délais et les coûts du démantèlement sont estimés par EDF grâce à un modèle générique, la méthode dite "Dampierre 09", qui se fonde sur une évaluation des coûts de la centrale de Dampierre, composée de 4 réacteurs. L’extrapolation qui en a été tirée en 1998 a été revue en 2009 afin d’en actualiser les coûts. Pour autant, ce modèle générique ne tient de fait pas compte des spécificités des autres réacteurs ni de leur historique d’exploitation qui peut justifier des opérations différentes ou supplémentaires. Si la méthode Dampierre constitue une base de travail intéressante, il nous a semblé qu’elle ne suffisait pas à déterminer de manière fiable les délais et les coûts du démantèlement des 58 réacteurs français.


      EDF, qui doit financer le démantèlement de ses installations nucléaire, estime le coût de cette opération à 75Mds€ et a pour l'instant provisionné 36Mds€. Ces sommes apparaissent très modestes, sont-elles réalistes selon vous ?


      Il y a sans doute deux problèmes sur cette question. D’abord celui de la disponibilité effective des fonds : même en admettant que le démantèlement coûte effectivement 75 milliards d’euros, la question est de savoir si les placements financiers réalisés par EDF peuvent avoir des rendements suffisants pour parvenir, à terme, à cette somme. Si les placements produisent des rendements suffisants, comme il semble d’ailleurs que ce soit le cas au vu des documents fournis par EDF, cela signifie qu’une part non négligeable de cet argent est placée dans des produits financiers à risque. Ce qui n’est pas sans présenter de risques pour la sûreté de ces placements.

      Ensuite, l’autre question est effectivement celle de l’évaluation du coût par EDF. L’explication d’une réduction des coûts du fait d’économies d’échelle observables en raison de la standardisation du parc, bien qu’elle ait un effet, ne peut pas expliquer à elle seule le montant des provisions d’EDF. EDF en effet provisionne en moyenne 300 millions d’euros par réacteur, quand nos partenaires européens notamment provisionnent, eux près d’un milliard par réacteur. D’après des documents transmis par EDF, qui a affirmé ne pas pouvoir donner de chiffre précis concernant le gain à attendre de la standardisation, nous estimons qu’ils anticipent une réduction des coûts de 30 à 40 % entre le démantèlement de la première unité et le coût moyen de la série. Certains observateurs l’estiment plutôt autour de 25 %, et les experts qui intègrent dans leurs prévisions le risque de dérive des coûts tablent sur une réduction de 10,5 %. Or l’expérience a montré que ce risque de dérive des coûts se concrétise souvent en matière de démantèlement.

      Mais nos inquiétudes concernant les sommes provisionnées par EDF portent également sur la non prise en compte de certaines dépenses. C’est le cas par exemple de la remise en état des sites, du paiement des taxes et des assurances, du coût social du démantèlement ainsi que du retraitement du combustible usagé. Le pari consistant à provisionner 75 milliards nous semble donc d’autant plus risqué que les démantèlements devront être menés de front dans la mesure où le parc a lui-même été mis en service dans un laps de temps très rapproché.


      Les démantèlements en cours ont amené leur lot de mauvaises surprises : presque un demi-siècle de travail et un coût multiplié par 20 pour Brennilis, retard d'un siècle pour les 6 réacteurs UNGG. Est-ce que nous avons vraiment la capacité technique, industrielle et économique à démanteler les 58 réacteurs actuels ? La bataille n'est-elle pas déjà perdue ?


      A ses débuts, l’industrie nucléaire comptait sur un certain nombre de progrès scientifiques et techniques qui n’ont pas tous vu le jour. L’hypothèse d’un retraitement infini des déchets dans des réacteurs de nouvelle génération en fait partie. De la même manière, le simple fait que le premier parc nucléaire, de technologie UNGG, n’ait pas été conçu pour être démantelé laisse penser de la part des ingénieurs de l’époque à un certain excès d’optimisme. Il ressort de ce décalage une impression de gigantisme qui peut parfois faire douter de notre capacité à démanteler le parc nucléaire. Manifestement, nous avons surestimé notre capacité à le faire rapidement, et des questions techniques restent indubitablement en suspens. Pour autant, nous n’avons pas d’autres alternatives que d’essayer, et de veiller à ce que ces efforts se fassent dans un cadre financier optimal et un environnement technique aussi performant que possible. Car les alternatives ne sont pas nombreuses : l’hypothèse de laisser des mausolées nucléaires faits de sarcophages de béton n’est ni satisfaisant du point de vue de la sûreté, ni acceptable du point de vue de notre responsabilité vis-à-vis des générations futures.

      Mais il faut aussi garder à l’esprit que le démantèlement ne produit pas ou peu de richesse, en comparaison de la construction et de l’exploitation de nouveaux réacteurs. De ce fait, on peut penser que les exploitants, quels qu’ils soient, n’ont peut-être pas consacré toute la recherche nécessaire à cette activité qui est en réalité une charge pour eux. D’où l’intérêt que les pouvoirs publiques se penchent sur cette question. La bataille n’est donc pas perdue d’avance mais encore faut-il, compte tenu du défi qui se dresse devant nous, disposer de fonds suffisants et d’une volonté politique pérenne. C’est la raison pour laquelle la question du démantèlement dépasse le seul exploitant qui en a la charge : les conséquences d’une faillite de celui-ci ou d’une impasse technique durable qui nous conduirait à renoncer au démantèlement seraient très lourdes.


      Dans votre rapport, vous soulignez que le nucléaire est une affaire de plusieurs génération mais si les générations qui ont construit et exploité les centrales en attendaient un bénéfice, celles qui devront les démanteler et gérer les déchets n'auront que des charges. Comment assurer une minimum d'équité entre les générations ?


      Avant de réfléchir à la façon d’assurer un minimum d’équité entre les générations, peut-être faut-il admettre que sur cette question, nous avons déjà créé un déséquilibre irréversible. De fait, même si nous gérons raisonnablement le démantèlement des installations nucléaires et rendons aux générations futures des sites décontaminés et sans servitudes, la question du stockage des déchets fait que celles-ci auront à gérer, parfois pendant des milliers d’années, les déchets produits pendant 50 ou 70 ans d’industrie nucléaire. C’est une réalité relativement dure.

      Dans cette perspective, l’équité passe d’abord bien sûr par la réussite du démantèlement : qu’il soit mené à son terme et qu’il ne grève pas les marges de manœuvres financières des générations à venir. Mais de mon point de vue, et cette réflexion sort du champ de la mission parlementaire, l’équité exigerait aussi que l’on cesse l’exploitation du nucléaire comme énergie, dans la mesure notamment où nous ne savons pas retraiter les déchets, mais aussi parce qu’elle représente un danger de contamination durable à grande échelle.

      Notre travail doit donc consister à alléger le plus possible le poids de la gestion du nucléaire pour les générations futures. Or si l’on prend le cas de Cigéo, le centre de stockage des déchets nucléaires en couches géologiques profondes situé à Bure, il semble que l’on s’éloigne de cette équité, en concevant une solution irréversible qui ne tient pas compte des progrès éventuels à venir. Nous condamnons de fait ceux qui nous succèderont à entretenir – en faisant le pari que des structures sociales subsisteront à l’échelle de milliers d’années – un héritage que nous aurons rendu définitif. Nous ne reviendrons pas sur le choix de développer une filière nucléaire en France, en revanche nous pouvons prendre des décisions de nature à aider les générations futures à gérer du mieux possible notre héritage.



      Publié le 10 avril 2017 par Thibault Laconde

      Illustration : By Ludovic Péron (Own work) [CC BY-SA 3.0], via Wikimedia Commons



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      François Fillon veut l'arrêt total de la production électrique fossile. Est-ce crédible ?

      Depuis quelques jours, François Fillon semble muscler son discours sur l'énergie. Dans une interview au Monde puis encore ce matin sur France Inter, il a promis "l'arrêt de toute forme de production d’électricité à partir d’énergies fossiles".
      Cet engagement est presque exotique : il est rare de voir la production électrique fossile évoquée dans le débat politique français, tant il est dominé par le nucléaire. Mais il a aussi surpris parce qu'un petit parc thermique est souvent jugé indispensable pour faire fonctionner un réseau électrique. Alors que faut-il penser de la promesse de François Fillon ?


      Production électrique fossile en France : de quoi parle-t-on ?


      La production électrique fossile comprend la production d'électricité à partir de charbon, de gaz naturel et de produits pétroliers. Ces trois combustibles sont à l'origine de plus des deux tiers l'électricité mondiale : environ 40% pour le charbon, un peu plus de 20% pour le gaz et de l'ordre de 5% pour le fioul.

      En France, la proportion d'électricité produite à partir des énergies fossiles est beaucoup plus faible. Elle varie d'une année à l'autre mais bon an mal an, elle se situe entre 5 et 9%. En 2016, le gaz représentait de l'ordre des trois-quart de cette production suivi, loin derrière, par le charbon puis le fioul.
      Cette faible part des fossiles est une originalité française qui s'explique par le rôle très important du nucléaire. Celui-ci assure environ les trois quart de notre production électrique. Ajoutez que la France dispose d'un parc hydroélectrique relativement important et il reste peu de place aux énergies fossiles.


      Peut-on s'en passer ? En métropole, peut-être.


      Mais même dans ces conditions, quelques centrales utilisant les énergies fossiles restent utiles. En effet, pour qu'un réseau électrique fonctionne, la production doit être en permanence égale à la consommation. Or un réacteur nucléaire est peu manœuvrable : il peut difficilement augmenter et réduire sa production pour s'adapter aux variations de la demande. C'est d'autant plus gênant que, avec le développement du solaire et de l'éolien, la production peut varier en fonction de la météo, il faut donc pouvoir ajuster les autres moyens de production à la hausse comme à la baisse.
      C'est ici que les centrales thermiques entrent en scène. Contrairement aux centrales nucléaires, elles sont souvent souples d'utilisation. C’est particulièrement le cas pour les turbines à gaz : elles peuvent démarrer en quelques minutes et leur production peut varier très rapidement.
      Bien sur les fossiles ne sont pas la seule solution : les barrages hydroélectriques sont également très performants de ce point de vue et il est aussi envisageable d'agir sur la demande.

      Un problème supplémentaire se pose en Corse et en Outre-mer où le réseau électrique est isolé et trop petit pour accueillir une production nucléaire. Là, les fossiles sont pratiquement incontournables.
      En Guyane, grâce à l'hydroélectricité, la dépendance aux fossiles n'est que de 40%. Mais en Corse elle dépasse 50%, à la Réunion c'est de l'ordre de 60% et en Martinique ou à Saint Pierre et Miquelon plus de 90% de l'électricité est d'origine fossile...

      Centrale thermique de Bouchain, près de Valencienne

      Une promesse pas impossible à tenir mais peu crédible à moyen-terme


      En bref, il n'est pas techniquement impossible de se passer d'électricité d'origine fossile, mais seulement en métropole. Et c'est un objectif qui nécessiterait une dose de volontarisme et d'innovation.

      Les trouve-t-on dans le programme de François Fillon ? Il ne fournit pas de détail ni de date mais propose "d'éliminer les énergies fossiles de la production d’électricité avec un prix plancher de la tonne de carbone de 30 euros minimum".
      Relever le prix du carbone est certainement une bonne mesure. Là où c'est techniquement faisable, un plancher à 30€ par tonne suffirait sans doute à éliminer la production à partir du charbon, puisque la Grande Bretagne y parvient en ce moment avec un prix du même ordre. Mais il ne renchérirait le coût du kilowattheure produit à partir du gaz que de l'ordre de 1 centime d'euro, difficile d'imaginer que cela suffise...

      D'autant que, du fait de leur souplesse et de leurs émissions trois fois moins élevées que celles des centrales à charbon, les turbines à gaz sont souvent vues comme le complément idéal pour le nucléaire et les renouvelables dans le cadre d'un mix électrique bas carbone.
      Ce n'est pas un hasard si 11 turbines à gaz, totalisant une puissance de 5GW, ont été construites en France depuis 2010. Parmi celles-ci la toute récente centrale à cycle combiné au gaz de Bouchain, inaugurée en juin 2016, détient le record du monde d'efficacité avec un rendement de 62.2%. La preuve qu'EDF voit un avenir à cette filière et souhaite y investir...

      François Fillon, qui refuse l’arrêt de la centrale nucléaire de Fessenheim alors qu'elle est vieille de quarante ans, est-il vraiment crédible lorsqu'il s'engage à faire fermer par EDF mais aussi Engie, EON, Alpiq et Poweo des centrales thermiques presque neuves ?
      Interrogée à ce sujet, son équipe se montre nettement plus mesurée :

      https://twitter.com/EnergieDevlpmt/status/849886481837678592



      Publié le 6 avril 2017 par Thibault Laconde

      Illustration : By Serge Ottaviani (Own work) [CC BY-SA 3.0], via Wikimedia Commons



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